logo article ou rubrique
Idiss, un livre de Robert Badinter

Un conseil de lecture et un commentaire très personnel d’Éliane Ventre, présidente de l’Amitié Judéo-Chrétienne d’Annecy.

Rappelons que le père de Robert Badinter, Simon, a été arrêté à Lyon lors de la rafle de la rue Sainte-Catherine le 9 février 1943, mort peu après à Sobibor, et que Robert Badinter et sa famille se sont cachés ensuite dans la région près de Chambéry.

Si votre choix de livres pour cet été n’a pas encore été fait, alors je vous invite à lire ce magnifique témoignage d’amour : Idiss

Car à mes yeux, ce beau et si touchant récit fait par Monsieur Robert Badinter en hommage à sa grand-mère, est un hymne à l’amour, tout simple, qui relie ces deux êtres et cela jusqu’en l’éternité.
Cette belle femme de cœur fut courageuse et droite, qualité qu’elle a transmise à sa fille, la maman de l’auteur. Ces écrits m’ont particulièrement émue, parfois jusqu’aux larmes.

Ma famille paternelle vient de Bessarabie également, nos histoires portent des racines semblables.
La lecture m’a fait retrouver les mêmes mots trop discrets et douloureux lorsque je posais des questions sur la vie que menait mon père dans son pays avec sa famille nombreuse.

Le début du livre s’ouvre sur la prière de Chabbat dite par Idiss, on est déjà en 1933, à Paris. Ils ont pu fuir les pogroms, les massacres et cette haine ancestrale du Juif de générations en générations...
Pourquoi cette ville dite des lumières ?... Dite de liberté ?... Oui, elle l’était, et particulièrement accueillante pour les Juifs d’Europe centrale... Ceux du Yiddishland.
Le yiddish était leur langue vernaculaire, l’hébreu celle de l’étude de la Thora (Bible hébraïque), et selon les moments, le roumain, le russe etc... Alors apprendre le français ne fut pas difficile pour nos familles. Cela permettait leur intégration, souhait profond de tout juif venant vivre en France.
La famille de Robert Badinter l’a prouvé en faisant des études supérieures.

Monsieur Badinter aura su toucher ses lecteurs juifs ou non-juifs en évoquant le contexte historique de cette première moitié du XXème siècle, des vies misérables matériellement, mais si riches spirituellement dans la Bessarabie de ces ancêtres. Avec ses yeux d’adolescent, il aura vécu l’horreur de la maltraitance des Juifs de France, uniquement parce Juifs, arrestations et déportations. Il aura connu le courage de sa mère de fuir loin de Paris pour survivre avec ses enfants. Pourquoi tant d’injustice ?

Aujourd’hui ces familles n’existent plus, emportées et exterminées par la Shoah ou ce que le Père Desbois a appelé "la Shoah par balles" dès 1941 dans les villages même d’Europe centrale.

Il y avait un nombre important de Juifs venus de Bessarabie émigrant à Paris dès les années 1920, date à laquelle mon père a rejoint une association : celle des Bessarabiens. Tous se retrouvaient régulièrement, s’entraidaient et pouvaient ainsi échanger des nouvelles des familles restées sur place.
Mais après l’extermination de masse des 6 millions de Juifs, et pour que la mémoire de nos ancêtres soit toujours vivante, nous avons créé une autre association celle : "Des descendants de Bessarabiens" dont nous avons l’honneur d’avoir comme membre... Monsieur Robert Badinter.

La sortie de ce livre est un grand témoignage sur un destin intense dans lequel les personnes modestes ont su garder espoir en la Vie.
Cette "espérance" transmise a permis au petit-fils d’Idiss de devenir un grand avocat, professeur de droit, ministre de la justice, président de la Cour européenne de conciliation et d’arbitrage… .
Féru de justice, il est l’homme qui a fait voter l’abolition de la peine de mort et cela personne ne doit l’oublier !

Merci de tout coeur, Monsieur Badinter, de permettre à ceux qui ne connaissent pas ces temps historiques, surtout les jeunes générations, de pouvoir s’instruire en lisant votre livre... comme un magnifique roman.

Éliane Ventre , présidente de l’Amitié Judéo-Chrétienne d’Annecy

Robert Badinter : Idiss

Editions Fayard, paru le 24/10/2018
236 p. , 20.00 €

4è de couverture : Robert Badinter retrace le destin de sa grand-mère, Idiss, qui fuit l’empire tsariste pour se réfugier à Paris en 1912. Elle y vit les plus belles années de sa vie avant d’être rattrapée par les affres de la guerre et le nazisme.
J’ai écrit ce livre en hommage à ma grand-mère maternelle, Idiss.
Il ne prétend être ni une biographie, ni une étude de la condition des immigrés juifs de l’Empire russe venus à Paris avant 1914.
Il est simplement le récit d’une destinée singulière à laquelle j’ai souvent rêvé.
Puisse-t-il être aussi, au-delà du temps écoulé, un témoignage d’amour de son petit-fils.

A voir ou revoir  : la magnifique émission « La grande librairie » avec Robert Badinter